Le premier fait est négatif : contrairement à beaucoup de psaumes, le quatre-vingt-onzième n'a pas de titre. Aucune suscription ne le rattache à un nom, à un événement ou à un usage liturgique. Toute attribution est donc une conjecture, et la probité exige de la présenter comme telle.
L'hypothèse Moïse
Elle vient de la place du texte dans le recueil. Le psaume 90 est expressément attribué à Moïse; des interprètes anciens, juifs puis chrétiens, ont étendu cette attribution au psaume suivant, faute de titre contraire. L'hypothèse a pour elle le décor : un homme qui a passé quarante ans au désert, entre serpents, épidémies et frayeurs nocturnes, aurait eu toutes les raisons d'écrire un poème sur la protection. Elle n'a pour elle rien d'autre — aucun manuscrit, aucune citation ancienne ne la confirme.
L'hypothèse David
C'est celle que Matthew Henry, au début du XVIIIe siècle, jugeait la plus vraisemblable, par analogie de style et de situation avec les psaumes signés de David — un homme qui a connu la fuite, la guerre et la peste, et dont d'autres poèmes parlent le même langage de refuge et de forteresse. La Septante grecque va dans ce sens en plaçant le nom de David en tête de sa version du psaume; mais cette suscription est l'œuvre des traducteurs, pas de l'original hébreu.
L'hypothèse de l'anonymat assumé
Reste la lecture la plus sobre : le psaume est anonyme parce que son autorité ne repose pas sur un nom. C'est la conclusion pratique que Henry tire du dossier — et l'on remarquera qu'il consacre une phrase à la question d'attribution et des pages au contenu. Le poème parle à la deuxième personne, puis laisse Dieu parler à la première; celui qui a tenu la plume s'est effacé entre les deux. Les lecteurs qui le prient depuis vingt-cinq siècles n'ont jamais eu besoin d'en savoir davantage.
Pour comparer le psaume 90 et le psaume 91 d'un seul geste, téléchargez gratuitement l'application La Bible : les deux textes s'y lisent côte à côte, dans la traduction de votre choix.